Une vidéo qui rate ne rate jamais au tournage. Elle rate dans le brief. Soit parce que le brief était trop flou, soit parce qu'il était trop dense et qu'il a pris des décisions opposées sans qu'on s'en aperçoive.
Voici les 12 questions qu'on demande à tous nos clients de remplir avant de monter une caméra. Pas pour faire administratif, pour s'assurer qu'on tourne la bonne vidéo. Si vous y répondez précisément, le résultat sera bon. Si vous laissez des cases au "à voir", il sera moyen.
Vous pouvez utiliser cette liste pour briefer votre agence vidéo, votre freelance, ou votre équipe interne. Les questions sont valables quelle que soit l'ampleur du projet.
Avant tout : l'objectif business
Une vidéo sert un objectif business, pas un objectif "de communication". Les trois premières questions cadrent ça.
1. À qui s'adresse cette vidéo ?
"Tout le monde" est la mauvaise réponse. "Nos clients" est encore trop large. La bonne formulation décrit une personne en particulier : son poste, son secteur, son problème du moment, son niveau d'information sur vous.
Exemple : "Un directeur financier de PME industrielle (50 à 300 salariés) qui doit présenter notre solution à son board la semaine prochaine et n'a aucune idée de qui nous sommes."
Cette précision change tout : le ton, le rythme, le vocabulaire, les arguments qu'on met en avant.
2. Quelle action voulez-vous déclencher ?
Une vidéo qui ne déclenche rien n'a pas de raison d'exister. L'action attendue doit être unique et claire :
- Demander une démo ?
- Cliquer vers une page produit ?
- Partager la vidéo en interne pour faire valider un budget ?
- Postuler à une offre d'emploi ?
Une vidéo, une action. Si vous voulez en déclencher trois, produisez trois vidéos.
3. Quelle objection cette vidéo doit-elle lever ?
Le prospect qui ne signe pas a généralement une objection précise. "Trop cher pour notre taille". "Pas assez d'expérience dans notre secteur". "Le timing ne colle pas". Une bonne vidéo identifie l'objection principale et la démonte.
Une vidéo qui ne lève pas d'objection se contente d'occuper l'espace. C'est cher payé pour ça.
Quand on briefe un témoignage client, par exemple, on choisit toujours le client qui a précisément vécu l'objection qu'on veut lever.
Le format et la diffusion
4. Sur quel canal sera-t-elle diffusée principalement ?
Une vidéo pour LinkedIn n'a pas le même montage qu'une vidéo pour une présentation commerciale en face-à-face. Les canaux principaux :
- Site web (hero, page produit, page À propos)
- LinkedIn (feed organique ou Ads)
- Présentation commerciale en RDV physique
- Salon professionnel (écran en boucle)
- YouTube (pré-roll, contenu hub)
- TV (régionale, nationale)
- Présentation interne (board, comex, équipe)
Chaque canal impose ses contraintes : durée optimale, format (16:9 ou 9:16 ou 1:1), avec ou sans son par défaut, premier plan visuel décisif, etc.
5. Quelle durée maximale acceptable ?
Pas "30 secondes pour LinkedIn" parce que vous l'avez lu quelque part. La bonne durée dépend du canal ET du moment du parcours.
Repères à titre indicatif :
- Pré-roll YouTube : 6 ou 15 secondes (skippables après 5)
- Pub réseaux sociaux : 15 à 30 secondes
- Témoignage client : 60 à 120 secondes
- Film de marque hero site : 60 à 90 secondes
- Film de présentation produit : 90 secondes à 3 minutes
- Film corporate / équipe : 2 à 5 minutes
6. Combien de versions ou formats à produire ?
Une production = une logique de tournage = plusieurs livrables possibles. Anticipez-les en amont, pas en sortie de montage. Par exemple :
- 1 master 90 secondes pour le hero du site
- 1 version 30 secondes pour Ads Meta
- 1 version 15 secondes pour Stories
- 1 version verticale 9:16 pour TikTok et Reels
- 3 extraits "best of" de 10 secondes pour les newsletters
Le coût marginal d'une version supplémentaire est faible si vous l'anticipez. Très élevé si vous la demandez après la livraison du master.
La matière à filmer
7. Qui apparaîtra (ou pas) dans la vidéo ?
Les options principales :
- Le dirigeant ou la dirigeante (puissant pour l'autorité de marque)
- Des collaborateurs (puissant pour la marque employeur et l'authenticité)
- Des clients (puissant pour la preuve commerciale)
- Des comédiens ou voix off pro (puissant pour un format pub)
- Personne, juste des images (puissant pour un produit ou un lieu emblématique)
Le bon choix dépend de ce que vous voulez transmettre. Une marque qui veut paraître proche utilise ses collaborateurs. Une marque qui veut paraître premium utilise un acteur ou rien.
8. Quel lieu raconte le mieux votre histoire ?
Une vidéo tournée dans un bureau "neutre" ne raconte rien. Un atelier, un chai, un lieu industriel, une salle de réunion avec une vue particulière : ça ancre la marque dans une réalité.
Si vous travaillez en télétravail intégral, c'est un sujet. Vous pouvez le contourner (tournage dans un lieu loué qui correspond à votre identité), l'assumer (tournage en intérieur épuré sur fond travaillé) ou en faire un atout (montrer le quotidien réel de l'équipe distribuée).
9. Quel ton de marque ? (en 3 adjectifs maximum)
Les trois adjectifs qui définissent comment la vidéo doit sonner. Pas plus.
Exemples bons :
- "Précis, calme, exigeant" (pour un cabinet d'audit haut de gamme)
- "Direct, brut, sans filtre" (pour une marque tech challenger)
- "Sensible, intime, intemporel" (pour un domaine viticole familial)
Si vous écrivez "professionnel, dynamique, innovant", recommencez. Ces mots ne disent rien parce qu'ils s'appliquent à toutes les marques.
Les références visuelles
10. Quelles vidéos vous inspirent (et pourquoi) ?
Donnez 3 à 5 références concrètes. Liens YouTube, Vimeo ou LinkedIn. Pour chacune, dites précisément ce que vous aimez : la lumière, le rythme du montage, le ton de la voix off, la grammaire visuelle, le casting.
"J'aime cette vidéo" ne sert à rien. "J'aime la façon dont cette vidéo coupe sans transition entre les plans, ça donne un rythme nerveux" est utile.
11. Quelles vidéos vous repoussent (et pourquoi) ?
Aussi importante que la précédente. Trois exemples de ce qu'il ne faut surtout pas faire vous protègent autant qu'ils protègent l'équipe de production.
Ce sont souvent les contre-références qui révèlent le mieux le positionnement. "Pas cette esthétique générique d'agence web" est plus précis que "quelque chose de premium".
L'organisation
12. Quand devez-vous l'avoir entre les mains ?
Pas "le plus tôt possible". Une date précise, et le pourquoi de cette date.
"Je dois la diffuser en interne le 15 octobre pour la convention commerciale" est exploitable. "Quand vous pouvez" ne l'est pas, parce que ça empêche de prioriser et de calibrer le périmètre.
Si vous avez une vraie échéance critique (salon, lancement, événement), dites-la dès le brief. Une bonne agence ajustera le périmètre pour la tenir, plutôt que de découvrir la deadline en cours de production.
À retenir
Si vous ne pouvez pas répondre à ces 12 questions au moment où vous lancez un projet vidéo, posez-vous d'abord avec votre équipe interne pour les clarifier. Le temps passé en amont vous fera gagner trois fois plus en aval.
Et ensuite ?
Une fois ces réponses posées, vous avez un brief solide. À ce stade, vous pouvez démarcher trois ou quatre agences ou freelances et obtenir des propositions vraiment comparables, parce qu'elles répondront toutes au même cadre.
L'inverse, c'est-à-dire briefer plusieurs prestataires sur des cases vides en attendant qu'ils vous proposent un cadre, vous garantit des propositions incomparables, des budgets qui partent dans tous les sens, et un projet qui démarre dans la confusion.
On a tendance à penser que le brief vient après la décision de lancer. C'est l'inverse : le brief est la décision de lancer. Si vous n'arrivez pas à le remplir, c'est que vous n'êtes pas prêt à produire la vidéo. Ce n'est pas grave, mais c'est utile à savoir avant d'engager des milliers d'euros.

